Le Conseil de l’intelligence artificielle et du numérique (CIANum) a lancé récemment une large consultation pour définir sa feuille de route pour l’année 2026. L’Alliance Française des Industries du Numérique (AFNUM) se félicite de l’esprit d’ouverture dont fait état le CIANum
pour sa première année d’exercice. C’est un moment décisif pour définir collectivement une feuille de route politique claire et ambitieuse, à la hauteur des enjeux contemporains comme l’intelligence artificielle et de la compétition mondiale.

L’AFNUM représente en France les industriels des infrastructures numériques, de l’informatique, de l’électronique grand public, de l’impression, de la photographie, des antennes et des objets connectés. Fortes de 250 000 emplois et d’un chiffre d’affaires de 35 milliards d’euros sur le territoire national, nos entreprises sont au cœur des transformations économiques et sociétales.

Notre vision centrale repose sur une conviction : notre force viendra de notre capacité à « faire alliance ». Une alliance entre grands groupes, PME et start-ups ; entre l’État, les collectivités, le monde académique et les entreprises. C’est cette énergie collective qui permettra à la France de devenir le moteur du développement numérique européen et d’affirmer la place de l’Europe dans le monde.

En réponse aux grands enjeux soulevés par la consultation, notre vision s’articule autour de deux axes principaux. Le premier vise à renforcer la compétitivité et l’indépendance de notre écosystème. Le second est consacré à la construction d’un numérique responsable et centré sur l’humain.

La compétitivité économique et la capacité d’innovation sont les piliers de notre socle numérique. Sans une base industrielle et technologique solide, nous ne pourrons pas atteindre nos objectifs sociaux et environnementaux.

Les « Transformations économiques » identifiées par le CIANum – notamment la compétitivité des entreprises et la réduction de la dépendance vis-à-vis des technologies étrangères – sont au cœur de nos réflexions. Pour y répondre, nous devons agir sur trois fronts interdépendants
: un cadre réglementaire au service de l’innovation, des infrastructures de pointe et des leviers de confiance.

D’abord, l’Europe doit sortir du « tsunami réglementaire » qui freine ses acteurs. En six ans, quarante textes numériques ont été adoptés, souvent sans harmonisation ni étude d’impact. À cela s’ajoute la fragmentation des marchés de capitaux, qui limite notre capacité à financer les technologies stratégiques. Il est indispensable de mieux évaluer les effets des nouvelles règles, de consacrer une part bien plus importante des fonds européens à la transition numérique et de faciliter la circulation des capitaux pour soutenir nos champions nationaux et européens.

Ensuite, nous devons investir massivement dans nos infrastructures. La France accuse un retard préoccupant dans des domaines clés comme la puissance de calcul, indispensable à l’intelligence artificielle. Nos PME adoptent encore trop peu ces technologies, faute de moyens, de compétences ou de simplicité administrative. Il nous faut donc accélérer : développer un programme industriel 6G, faciliter l’implantation de datacenters, soutenir l’adoption de l’IA via des incitations fiscales et simplifier l’accès aux dispositifs d’accompagnement. L’innovation ne doit plus être un parcours du combattant.

Enfin, la compétitivité repose sur la confiance. Une économie numérique ne peut prospérer que si elle est sécurisée et si la commande publique joue pleinement son rôle de moteur. Aujourd’hui, les cyberattaques coûtent des milliards à notre économie, et les critères d’achat publics privilégient encore trop souvent le prix au détriment de la qualité, de la sécurité ou de la durabilité. Nous devons renforcer notre résilience, mieux accompagner les PME en matière de cybersécurité et transformer la commande publique en véritable levier d’innovation.

Bâtir une puissance technologique durable exige donc une vision cohérente : un cadre qui encourage, des infrastructures qui soutiennent, et une confiance qui fédère. C’est à cette condition que la France pourra non seulement rattraper son retard, mais aussi devenir un acteur majeur du numérique européen et mondial.

Le numérique doit être un levier d’émancipation, d’inclusion et de transition écologique. Les enjeux économiques, sociaux et environnementaux sont indissociables : c’est en les traitant ensemble que nous construirons un numérique réellement responsable.

Le premier défi est celui des compétences. La France devra créer près de 180 000 emplois dans le numérique d’ici 2030, alors que les entreprises peinent déjà à recruter. Nous devons repenser la formation en profondeur : intégrer le numérique et l’IA dans toutes les filières, faciliter les reconversions pour accompagner les salariés des secteurs en mutation, et renforcer l’attractivité de notre écosystème pour les talents internationaux comme pour nos chercheurs. Former massivement, c’est garantir notre capacité à innover.

Le deuxième défi est environnemental. Le numérique représente une part croissante de nos émissions et de notre consommation d’énergie. Au regard des nombreuses initiatives déjà en cours pour allonger la durée de vie des terminaux, la priorité doit être donnée à la poursuite
des démarchés d’optimisation de l’efficacité énergétique des data centers, notamment grâce au recours à de l’intelligence artificielle, à des circuits intégrés et des technologies de calcul plus performantes et à des solutions de refroidissement de plus en plus perfectionnées et efficaces.

Enfin, un numérique responsable doit protéger et inclure. Aujourd’hui, trop d’enfants sont exposés à des risques en ligne, et trop de services publics restent inaccessibles aux personnes en situation de handicap. Nous devons adopter une Charte de responsabilité numérique ambitieuse, fondée sur la protection des publics vulnérables — notamment via une responsabilisation claire des services numériques, notamment des réseaux sociaux — et sur l’accessibilité universelle, qui doit devenir un standard dans la conception de tous les services essentiels.

Les propositions portées par l’AFNUM répondent à une conviction forte : les enjeux économiques, sociaux et environnementaux du numérique sont indissociables et doivent être traités comme tels.

Dans ce cadre, l’AFNUM se tient pleinement disponible pour contribuer aux travaux à venir du CIANum et nourrir, aux côtés des autres parties prenantes, une vision partagée et globale des enjeux du numérique et de l’intelligence artificielle.

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